Index

Fiche 1: Les arbres riverains

Fiche 2: L'élagage

Fiche 3: Les arbres têtards

Fiche 4: La végétation arbustive et buissonnante

Fiche 5: La stabilisation végétale des berges

Fiche 6 : La protection des cours d’eau en milieu agricole

Fiche 7 : Les embâcles

Fiche 8 : La gestion de la Renouée du Japon et de la Balsamine de l’Himalaya

Fiche 9 : La maladie de l’aulne

Fiche 10 : Gestion des berges et avifaune

Fiche 11 : Gestion des cours d’eau et faune piscicole

Bibliographie

Fiche 5: GESTION DES COURS D'EAU ET FAUNE PISCICOLE

5.1. introduction

Les caractéristiques synthétisées dans le tableau ci-dessous déterminent la présence et le maintien à long terme d’une espèce de poisson dans un cours d’eau. Le tableau illustre bien que la diversité des habitats est de première importance pour la faune pisci
cole et, cela d’autant plus que les exigences des poissons varient généralement selon les étapes de leur cycle de vie.

Il faut ajouter que le maintien des populations piscicoles dépend également de la qualité des eaux et, en ce qui concerne les migrateurs, de leur libre circulation.

Caractéristiques de l’habitat importantes pour les poissons
(d’après Lewis et Williams, 1985 in DGRNE, 1998)
1. REPRODUCTION
1.1. Accès aux frayères Absence d'obstacles
Existence de profondeurs et virtesses de courant adéquates
1.2. Ponte Substrat de ponte adéquat
1.3. Incubation des oeufs Stabilité et propreté du substrat, existence de conditions adéquates de température, oxygène dissous et circulation de l’eau
2. ALIMENTATION ET CROISSANCE
2.1. Disponibilité d'organismes proies Végétation aquatique et rivulaire, substratum adéquat pour la production d’invertébrés, apport de matériaux organiques d’origine terrestre favorisant l’apparition du plancton
2.2. Meilleure utilisation de l’énergie pour maintenir une position et collecter la nourriture Couverture et ombrages ; rochers, troncs d’arbres, variétés de types de courants, succession de radiers et de profonds (rivières à salmonidés), végétation aquatique et rivulaire, gamme appropriée de températures
3. PROTECTION
3.1. Contre le déplacement physique par le courant Zones d’abris et isolation visuelle : profils de lit variés, sous-berges creusés, rochers, troncs d’arbre, racines, accumulation de débris aquatiques pour les alevins et juvéniles, des zones marginales peu profondes et enherbées ainsi que les bras morts.
3.2. Contre les prédateurs
3.3. Contre la compétition des espèces congénères des autres espèces
3.4. Pendant lhivernage Idem mais dans des zones plus profondes

Ces éléments constitutifs de l’habitat du poisson sont fréquemment perturbés par les activités humaines.

Quelques directives générales favorables à la faune piscicole sont présentées ci-après :

  • Effectuer les travaux en dehors de la période de reproduction
    D’une manière générale, les aménagements et entretiens des cours d’eau doivent être réalisés en dehors de la période de reproduction des espèces de poisson présentes dans le secteur (voir le tableau suivant).
Périodes critiques pendant lesquelles les aménagements hydrauliques des cours d’eau sont susceptibles de perturber la reproduction chez les principales espèces de poissons de nos régions (Philippart et Vranken, 1983 in Dupont, 1998)
 
J
F
M
A
M
J
J
A
S
O
N
D
Truite                        
Ombre                        
Hotu                        
Vandoise                        
Barbeau                        
Chevaine                        
Goujon                        
Vairon                        
Gardon                        
Brême                        
Tanche                        
Carpe                        
Perche                        
Brochet                        

  • Maintenir ou recréer des habitats naturels variés, bien connectés entre eux
    Les exigences des poissons, quant à leurs habitats, varient selon les différentes étapes du cycle de vie. Il est donc primordial de favoriser une grande diversité d’habitats de qualité.
    Il serait idéal de maintenir ou d’obtenir une bonne alternance de zones à faible et à fort courant et de maintenir dans les cours d’eau des habitats potentiels (bois morts, végétation aquatique, grosses pierres,…).
    Le continuum longitudinal des cours d’eau doit être assuré afin que l’accès aux zones de frayère soit permis, que la libre circulation des poissons migrateurs soit possible, que la diversité génétique des populations soit favorisée,…

Remarque : les bras morts jouent un rôle très important pour la faune piscicole, ce sont des sites de frayère privilégiés.

Quelques pratiques défavorables :

    • Le curage uniformise le milieu en supprimant l’alternance de zones lentes profondes et de zones rapides peu profondes, détruit la végétation aquatique (site de reproduction pour certains poissons), détruit la faune benthique, risque de provoquer le colmatage des frayères en aval par la mise en suspension des sédiments,…
    • Le faucardage supprime des sites de reproduction et des caches pour les poissons (herbiers).

Le curage et le faucardage ne doivent pas être envisagés de façon systématique et à grande échelle mais uniquement sur des secteurs où les dépôts de sédiments ou la prolifération de la végétation aquatique provoquent des problèmes (entrave à l’écoulement, risque d’inondation,…). Il faut noter que lorsque ces travaux d’entretien et de restauration sont réalisés avec modération, leur impact sur la faune s’atténue relativement rapidement. Lorsqu’un curage ou un faucardage est nécessaire, il est recommandé de pratiquer des petits entretiens annuels plutôt qu’une intervention ponctuelle de grande amplitude.
Il est important de mentionner que les travaux d’amélioration et de modification (recalibrage, reprofilage, rectification) transforment quant à eux de façon durable la morphologie et les caractéristiques fondamentales du cours d’eau ; ils perturbent la faune aquatique fortement et à long terme.

  • Maintenir ou recréer des zones riveraines naturelles et diversifiées
    La zone riveraine, milieu séparant l’habitat aquatique de l’habitat terrestre, joue également un rôle important pour la faune aquatique, dont les poissons. L’ombrage de la végétation qui s’y développe régularise la température de l’eau. Les racines des arbres et arbustes riverains délimitent habituellement des creux où les poissons se réfugient. Les végétaux riverains accueillent de nombreux invertébrés qui, tombés dans l’eau, constituent une source de nourriture importante pour les poissons. De plus, outre son rôle anti-érosif, une bande riveraine bien structurée constitue un filtre limitant les apports de sédiments et de polluants dans le cours d’eau (particulièrement en milieu agricole). On comprend dès lors que la modification ou la perturbation d’une rive peut menacer la survie des poissons.
    Lorsque des travaux de stabilisation des berges doivent être réalisés, on privilégiera les méthodes naturelles (cf. fiche 5) qui permettent de conserver le caractère naturel des berges. Parmi les « méthodes artificielles », les gabions et les murs de soutènement sont peu favorables aux poissons. Les moellons de roches sont plus propices, les poissons peuvent s’y cacher et y trouver de la nourriture.
    Rappelons que l’implantation de bandes enherbées le long des cours d’eau, en milieu agricole, contribue à la protection du milieu riverain (cf. fiche 6).
  • Assurer une bonne qualité des eaux
    La qualité des eaux ne doit pas constituer une menace pour les poissons et les autres organismes aquatiques.
    Les stations d’épuration doivent donc fonctionner de manière optimale afin que soient limités les apports de polluants aux cours d’eau.
    L’érosion des berges et les travaux effectués aussi bien dans le cours d’eau que sur les berges doivent être surveillés afin de ne pas augmenter la charge sédimentaire des cours d’eau ce qui risquerait d’être préjudiciable à la faune piscicole : colmatage des frayères, abrasion des branchies,…
    La présence d’une bande riveraine (bande enherbée ou bande boisée) permet de limiter ces apports de sédiments et joue un rôle de filtre vis-à-vis des polluants d’origine agricole (pesticides et fertilisants).