Index

Fiche 1: Les arbres riverains

Fiche 2: L'élagage

Fiche 3: Les arbres têtards

Fiche 4: La végétation arbustive et buissonnante

Fiche 5: La stabilisation végétale des berges

Fiche 6 : La protection des cours d’eau en milieu agricole

Fiche 7 : Les embâcles

Fiche 8 : La gestion de la Renouée du Japon et de la Balsamine de l’Himalaya

Fiche 9 : La maladie de l’aulne

Fiche 10 : Gestion des berges et avifaune

Fiche 11 : Gestion des cours d’eau et faune piscicole

Bibliographie

Fiche 10: GESTION DES BERGES ET AVIFAUNE

10.1. Les berges boisées

De nombreux oiseaux se rencontrent le long des cours d’eau avec un boisement riverain (forêt alluviale, bande boisée, alignement d’arbres têtards,…), aussi bien des espèces caractéristiques des milieux aquatiques (Héron cendré, Poule d’eau, Martin-pêcheur d’Europe,…) que des espèces forestières (Tourterelle des bois, Loriot d’Europe, Pinson des arbres,…) et de lisière (Pouillot fitis, Troglodyte mignon, Rossignol philomèle,…). Les oiseaux forestiers et de lisière constituent l’essentiel du peuplement d’oiseaux nicheurs.

Plusieurs strates dans le boisement riverain multiplient les habitats et donc le nombre d’espèces présentes : le Héron cendré, le Loriot d’Europe, le Grive litorne,… nichent dans le houppier des grands arbres ; les fauvettes, les pouillots, le Rougegorge familier,… nichent dans les buissons voire au sol ; le Canard colvert, la Poule d’eau,... nichent dans les hautes herbes. De même, le mélange d’essences assure la biodiversité en multipliant les habitats mais également les ressources alimentaires : les saules, en fleurissant tôt au printemps, attirent beaucoup d’insectes émergeant de leur hibernation qui attirent à leur tour de nombreux oiseaux insectivores, notamment les premiers migrateurs rentrés pour nicher. En fin d’été, début d’automne, les arbustes à baies (Sureau noir, Prunellier,…) constituent une ressource alimentaire importante, particulièrement pour les oiseaux devant faire des réserves avant leur départ en migration. En hiver, les aulnes et les bouleaux produisent des graines en abondance, mangées par les Tarins des aulnes et les Sizerins flammés,…

Rappelons également l’importance des vieux arbres avec cavités (morts ou vivants) qui abritent des oiseaux cavernicoles (Chouette hulotte, Pigeon colombin, Rougequeue à front blanc,…).

Mesures favorables aux oiseaux :

  • Pratiquer les coupes et autres entretiens susceptibles de perturber l’avifaune en dehors de la période de reproduction qui s’étend de mars à août.
  • Créer des zones de quiétude pour l’avifaune (limiter les accès aux cours d’eau), particulièrement pendant la période de reproduction.
  • Favoriser la diversité des essences (maintenir ou recréer le mélange d’espèces spontanées), des strates et des classes d’âges. Lors des coupes, on veillera à conserver les semenciers des essences minoritaires, à préserver les espèces les plus sensibles dans les régénérations,…
  • Maintenir ou recréer un cordon rivulaire assez dense (Auteurs multiples, 2005).
  • Conserver les arbres remarquables et, dans la mesure du possible (évaluer le danger lié au maintien de ces éléments instables), les arbres morts ou dépérissants sur pied qui présentent un grand intérêt pour les oiseaux cavernicoles mais également pour les chauves-souris, les insectes,… Le maintien de bois morts couchés (branches, arbres,…) est également favorable à l’avifaune : les bois morts couchés sur terre attirent de nombreux insectes, peuvent être utilisés par le Héron cendré ou les rapaces pour construire leurs nids, les bois morts tombés dans l’eau servent de poste de pêche aux oiseaux piscivores,…
  • Favoriser le vieillissement de la ripisylve pourrait être bénéfique à certaines espèces à fort intérêt conservatoire (Pic épeichette, Rouge-queue à front blanc, Gobe-mouche gris, Grive litorne).
  • Maintenir des branches au-dessus du cours d’eau qui sont utilisées comme perchoir pour les oiseaux piscivores tels que le Martin-pêcheur. De même, la présence de branches émergées ou surplombant le cours d’eau est favorable à la nidification de la Poule d’eau et de la Foulque macroule (arrimage du nid, cache,…).
  • Maintenir et entretenir les arbres têtards (cf. fiche 3). Ces arbres abritent des oiseaux cavernicoles (Chouette chevêche, Rouge-queue à front blanc,…), servent de refuge hivernal pour des petits mammifères (chiroptères, hérisson,…),…
    En milieu agricole, l’implantation de bandes enherbées, gérées extensivement, entre le cordon boisé riverain et la culture voisine permet d’élargir la zone favorable à l’avifaune (cf. fiche 6).
L’entretien des cordons rivulaires par petites trouées (méthode présentée dans le « Guide d’entretien des ripisylves », MOUCHET et al., 2005) permet de gérer ces derniers en limitant les perturbations : cette méthode prévoit d’intervenir sur de petites longueurs de berges, en alternant les rives et en étalant les interventions dans le temps (cf. fiche 1 – Arbres riverains).


10.2. Berges caractérisées par une végétation herbacée et buissonnante

La végétation herbacée et broussailleuse qui se développe le long des cours d’eau est un habitat favorable pour un grand nombre d’espèces, particulièrement :

  • Des espèces aquatiques qui dissimulent leurs nids dans la végétation herbacée des berges (Canard colvert, Poule d’eau,…) ou dans les branches de buissons tombant dans l’eau (nid flottant du Grèbe castagneux, de la Foulque macroule,…).
  • Des espèces des végétations marécageuses (Gorgebleue à miroir, Bruant des roseaux,…) qui fréquentent les jeunes saulaies riveraines, les roselières, certaines mégaphorbiaies,…
  • Des espèces des friches et des buissons (Rossignol philomèle, Rousserolle verderolle,…), non inféodées au milieu aquatique, qui trouvent une nourriture abondante, des abris et des sites de nidification privilégiés dans les herbes hautes et denses ou dans les broussailles.

Des berges caractérisées par une végétation herbacée dense et haute accompagnée d’éléments arbustifs d’espèces et d’âges variés sont particulièrement favorables à l’avifaune.

Mesures favorables aux oiseaux :

  • Pratiquer les fauchages et les coupes en dehors de la période de reproduction (mars à août) si les usages du cours d’eau le permettent. De même, il est important que le couvert ne soit pas trop court en périodes automnale et hivernale afin que les animaux puissent se protéger des intempéries et des prédateurs. Afin d’atteindre cet objectif, il est recommandé de ne pas faucher après le 15 septembre. Cela permet également aux oiseaux qui nichent tôt au printemps suivant de disposer d’un couvert végétal suffisant.
  • Clôturer les prairies pâturées bordant les cours d’eau pour permettre le développement d’une végétation riveraine (cf. fiche 6).
  • Créer des zones de quiétude pour l’avifaune (limiter les accès au cours d’eau), particulièrement pendant la période de reproduction.
  • Prévoir des entretiens de la végétation buissonnante tous les 10 ans environ afin de maintenir une végétation arbustive vigoureuse et dense. Lors de ces coupes, on veillera à maintenir ou à restaurer la diversité des espèces et des strates végétales. Il est également recommandé de maintenir les massifs de ronces poussant en milieu riverain (particulièrement le long des petits cours d’eau rapides). Toutes ces coupes seront pratiquées par petites trouées (cf. fiche 1).
  • Préserver les zones marécageuses (roselières, mégaphorbiaies,…).
  • Maintenir les branches de buissons couchées surplombant le cours d’eau ou tombant dans l’eau (perchoir pour le Martin-pêcheur, abri pour la Poule d’eau,…).
  • En milieu agricole, l’implantation de bandes enherbées, gérées extensivement, entre le milieu riverain et la culture voisine permet d’élargir la zone favorable à l’avifaune (cf. fiche 6).


10.3. Berges verticales érodées

Les berges abruptes des cours d’eau sont les sites de nidification du Martin-pêcheur et de l’Hirondelle de rivage (espèces Natura 2000). Cette dernière est une espèce migratrice qui passe la mauvaise saison en Afrique sub-saharienne alors que le Martin-pêcheur peut être observé toute l’année dans nos régions. Ces deux oiseaux creusent des terriers dans les berges verticales de terre meuble.

L’Hirondelle de rivage est plus exigeante : il s’agit d’une espèce coloniale nécessitant des « mini falaises » suffisamment étendues pour nicher, le Martin-pêcheur peut quant à lui se contenter de petites berges à condition que le terrier puisse être creusé suffisamment haut par rapport à l’eau et ne pas être inondé lors des crues. De plus, l’Hirondelle de rivage a besoin de milieux ouverts (berges non ou très peu boisées).

Il faut noter que les berges constituent l’habitat traditionnel des Hirondelles de rivage, actuellement, la majorité des nicheurs se sont installés dans des milieux anthropiques, plus éloignés de l’eau : carrières, sablières,… Cependant il ne faudrait pas négliger les mesures favorables pour maintenir leur habitat le long des cours d’eau.

Mesures favorables au Martin-pêcheur et à l’Hirondelle de rivage :

  • Localiser les terriers de Martin-pêcheur et les colonies d’Hirondelle de rivage et limiter l’accès à ces sites. L’absence de dérangement est indispensable pendant la période de reproduction (Martin-Pêcheur : mi-mars à septembre; Hirondelle de rivage : avril à juillet).
  • Maintenir les berges verticales érodées partout où c’est possible sur les cours d’eau où la présence d’au moins une des deux espèces est avérée.
  • Maintenir le milieu ouvert autour des colonies d’Hirondelle de rivage : fauchage, recépage,… à effectuer en période hivernale.
  • Un recoupage de la berge (en hiver) peut s’avérer nécessaire lorsque l’érosion naturelle ne permet pas de maintenir un faciès vertical et dépourvu de végétation (s’assurer que le sommet du versant se trouve à, au moins, 1,5 m au dessus du niveau moyen de l’eau).
  • Lutter contre la dégradation des berges par le piétinement bétail (clôtures).
  • Lutter contre les pollutions qui réduisent les populations de proies du Martin-pêcheur. Une turbidité trop élevée est également un facteur perturbateur qui entrave la recherche des poissons.


10.4. Autres biotopes riverains présentant un intérêt pour l'avifaune

10.4.1. Les bras morts

Les bras morts, zones calmes à végétation abondante, accueillent de nombreux oiseaux, aussi bien des nicheurs que des oiseaux de passage ou hivernant, étant donné que la nourriture est abondante (zone de frayère,…).

Il est conseillé d’ouvrir le couvert du cordon arboré qui entoure le bras mort s’il devient trop dense afin de maintenir le milieu accessible aux ardéidés, limicoles,… qui requièrent des milieux ouvert et spécifiques (marais, bras mort,…).

Il est également conseillé d’enlever les gros arbres morts tombés dans l’eau afin de maintenir le bras mort et de faciliter d’éventuels échanges avec la rivière voisine.


10.4.2. Les îlots, bancs de graviers, vasières,…

Les îlots, à l’abri des prédateurs terrestres, sont des sites privilégiés de nidification pour les oiseaux. Ceux qui sont caractérisés par une végétation herbacée dense sont les plus favorables à la nidification d’oiseaux aquatiques (Cygne tuberculé, Canard colvert,…). Les îlots jouent également un rôle important pour les oiseaux migrateurs et hivernants qui peuvent s’y reposer en toute quiétude.

Les bancs de graviers et les vasières jouent à peu près le même rôle que les îlots ; ils sont indispensables aux limicoles migrants ou hivernants. De plus, ces sites servent à la nidification, en ce qui concerne les bancs de graviers, pour le Petit gravelot et, en ce qui concerne les vasières colonisées par une végétation palustre, pour les canards, les poules d’eau,…


10.4.3. Les roselières

Les roselières se rencontrent principalement en eau stagnante mais peuvent également être présentes le long des tronçons à courant lent des cours d’eau.

Les roselières abritent souvent une faune riche et diversifiée. En ce qui concerne l’avifaune, elles servent de site de reproduction, de lieu de stationnement hivernal et migratoire, de zone de nourriture,… Plusieurs espèces d’oiseaux, souvent rares, sont inféodées à cet habitat, par exemple : Blongios nain, Grand butor, Busard des roseaux, Gorgebleue à miroir,…

Les roselières doivent être protégées et entretenues. Le fauchage (avec exportation du produit de fauche) est recommandé afin de lutter contre le vieillissement (atterrissement) de ces formations végétales. Le fauchage permet également d’éviter l’intrusion d’espèces rudérales et nitrophiles dans les roselières ainsi que l’envahissement par les espèces ligneuses. Les fauches seront pratiquées en hiver, tous les 3 à 15 ans (Burgess et al., 1995 in Verhaegen et Delmarche, 2000).


10.4.4. Les berges rocheuses, vieux murs,…

Les cavités dans les rochers, les vieux ponts en pierre, les vieux murs,… sont appréciées par plusieurs espèces qui y placent leur nid. C’est notamment le cas de la Bergeronnette des ruisseaux et de la Bergeronnette grise, la deuxième étant moins dépendante des cours d’eau que la première. D’autres espèces, nullement inféodées aux rivières, peuvent y nicher (Troglodyte mignon, Mésange bleue,…). Notons que le Cincle plongeur, qui niche dans ce type de cavité le long des petits cours d’eau rapide, n’est plus présent dans le bassin de la Haine.

Le colmatage et le bétonnage des vieux ponts, vieux murs,… sont défavorables aux espèces précitées.