Index

Fiche 1: Les arbres riverains

Fiche 2: L'élagage

Fiche 3: Les arbres têtards

Fiche 4: La végétation arbustive et buissonnante

Fiche 5: La stabilisation végétale des berges

Fiche 6 : La protection des cours d’eau en milieu agricole

Fiche 7 : Les embâcles

Fiche 8 : La gestion de la Renouée du Japon et de la Balsamine de l’Himalaya

Fiche 9 : La maladie de l’aulne

Fiche 10 : Gestion des berges et avifaune

Fiche 11 : Gestion des cours d’eau et faune piscicole

Bibliographie

Fiche 9: LA MALADIE DE L'AULNE

9.1. Agent pathogène

Depuis quelques années, le long des cours d’eau européens, on constate le dépérissement important des aulnes, dépérissement dû à une nouvelle maladie provoquée par un champignon (Phytophtora alni) qui coupe l’arbre de son alimentation hydrique. La maladie se propage principalement via les spores flagellés du champignon dans l’eau (Abras et al., 2006) . Il faut noter que Phytophtoira alni peut subsister plusieurs semaines dans les produits/déchets d’abattage.

En France, d’importants taux de mortalité ont été recensés en 1998 (Colas et al., 2005). Les premiers cas belges ont été signalés en 1999 (Cavelier et al, 1999 in Abras et al., 2006). Toutes les espèces européennes d’aulnes sont sensibles à cette maladie or ces essences jouent un rôle important pour la stabilisation des berges et l’écologie des ripisylves. Les gestionnaires des cours d’eau s’inquiètent fortement de cette situation.

9.2. Symptômes, gestion

Trois fiches de gestion ont été élaborées dans le cadre d’une convention établie par la FUSAGx : « Monitoring des bandes riveraines des cours d’eau et de l’état phytosanitaire de l’aulne et autres essences ligneuses des berges » (Abras et al., 2006) afin d’aider les gestionnaires des cours d’eau à gérer les arbres attaqués par Phytophtera alni. Ces fiches, auxquelles ont été ajoutées quelques informations trouvées dans Colas et al. (2005), sont présentées ci-après.
Toutes les photos présentées dans ces trois fiches : © FUSAGX (H. Claessens, N. Debruxelles, E. Dufays)

(1) Identification de la maladie de l’aulne

Les symptômes se manifestent à trois niveaux : sur le tronc, sur les feuilles et dans l’aspect général du houppier.

a. Reconnaissance des symptômes

Les symptômes qui peuvent indiquer la présence du Phytophthora sont les suivants :

Cime plus claire et présence de branches mortes
Feuilles jaunâtres ou jaunes (selon les sujets et les conditions d’observation)
Feuilles de taille réduite
Présence de nécroses (taches noires) à la base du tronc jusqu’à 2 mètres de hauteur, d’où s’écoule un suintement de couleur rouille lorsque le champignon est actif

b. Détermination du degré de dépérissement d’un aulne

Importance de la démarche

Le diagnostic de l’état sanitaire de chaque arbre constitue une phase préalable essentielle dans la gestion des dépérissements.

Les nécroses qui apparaissent sur les 2 premiers mètres du tronc, avec éventuellement des écoulements noirâtres, sont des symptômes typiques d’une infection par le Phytophthora. Cependant, l’observation de ces nécroses est variable au cours de l’année et n’est pas toujours aisée. Bien que moins spécifiques de l’infection par le Phytophtora, les symptômes foliaires sont plus faciles à observer et constituent malgré tout un bon témoin de l’état de santé de l’arbre. La démarche utilisée pour évaluer le degré d’infection des aulnes se base donc sur l’état du houppier.

La période propice à l’observation des symptômes foliaires se situe à la fin de l’été, en août - septembre. L’échelle à 5 niveaux décrite ci-dessous permet à l’opérateur d’évaluer le degré de dépérissement de l’arbre.

Description des 5 niveaux de dépérissement

  • Niveau 1 : aulne sans symptôme présente un houppier bien garni, avec des feuilles de taille normale et de couleur verte. Il n’y a pas de nécroses corticales sur le tronc.
  • Niveau 2 : aulne avec des symptômes légers présente un houppier légèrement éclairci ou des feuilles jaunâtres. Ce niveau de symptômes n’est pas toujours détecté.
  • Niveau 3 : aulne aux symptômes marqués, présente des combinaisons de symptômes résumées dans le tableau ci-après.
  • Niveau 4 : aulne mourant, présente un houppier dégarni à plus de 50%.
  • Niveau 5 : aulne mort

Description des 3 niveaux de symptômes observés chez un arbre malade :

Nécrose Houppier Taille des feuilles Coloration des feuilles Symptômes
Absente Cime claire Normale Normale Légers
Normal Jaunâtre
Absente Normal Réduite Normale Marqués
Jaunâtre
Cime claire Normale Jaunâtre
Réduite Normale
Jaunâtre
Présente Normal ou cime claire Normale ou réduite Normale ou jaunâtre
Présente ou absente Cime très claire Normale ou réduite Normale ou jaunâtre Mourant

Exemple : combinaisons de symptômes caractéristiques d’un niveau de dépérissement marqué (niveau 3) :


Feuilles jaunes réduites

Cime claire, feuilles jaunâtres
Nécroses rouilles avec et sans suintements

c. Phase de diagnostic

Le suivi des arbres sur pied et des souches recépées à montré que, selon le niveau de dépérissement (échelle de 1 à 5), les modalités de gestion mais aussi le degré d’urgence de l’intervention pouvaient être différents. Ainsi, si l’on compare entre deux années successives les symptômes foliaires d’une part et la faculté de recépage d’autre part, on constate que :

  • la plupart des arbres de niveau 2 (symptômes légers) ne présentent plus de symptômes foliaires l’année suivante. Il n’est donc pas urgent d’intervenir, d’autant plus qu’il n’est pas certain qu’il s’agisse dans tous les cas d’une infection par le Phytophthora ;
  • les arbres de niveau 3 (symptômes marqués) conservent généralement (dans 75 % des cas) leurs symptômes l’année suivante mais ont toujours une excellente capacité à rejeter des souche ;
  • les arbres de niveau 4 (arbre mourant) ont atteint un niveau de dépérissement tel que leur capacité de rejeter des souches s’est fortement amoindrie. Le recépage n’est donc plus à conseiller.

(2) Gestion de la maladie

a. Gestion de la maladie par recépage

Le recépage des aulnes malades n’est pas une priorité dans la gestion de la maladie car on ne peut espérer éradiquer le Phytophtora par l’abattage des arbres atteints. Le recépage permet cependant, dans certains cas, de maintenir la souche vivante et d’assurer la continuité de ses fonctions. En effet, les rejets de souche qui apparaissent après l’abattage sont sains, excepté pour les aulnes mourants (niveau 4).

En ce qui concerne les aulnes mourants ou morts, il est conseillé de maintenir ces arbres afin d’éviter une détérioration des berges et du paysage. La coupe de ces arbres peut cependant s’avérer nécessaire pour des raisons de sécurité.

b. Principes généraux en cas d’abattage

Pour assurer une bonne reprise de la souche, il faut respecter 3 conditions principales :

  1. Assurer une bonne mise en lumière de la souche :
    • Recéper par petites trouées (voir fiche 1)
    • Eviter des gestions arbre par arbre (sauf en cas d’éclairement important)
  2. Effectuer le recépage des aulnes avant un stade de dépérissement trop avancé.
  3. Recéper entièrement la souche, ne pas laisser de « tires-sèves ».

Méthode

  1. Evaluer le long du cours d’eau l’état sanitaire des aulnes (à l’aide de l’échelle de dépérissement décrite lors de la première étape d’identification des symptômes).
  2. Délimiter des petits groupes d’aulnes contenant de nombreux individus aux symptômes marqués et qui pourraient faire l’objet d’une « petite trouée » tel que définie dans le présent guide ;
  3. Décider de l’opportunité de réaliser les trouées sur chaque petit groupe de souches en fonction de leur degré d’éclairement car celui-ci conditionne la vigueur des rejets.
    L’éclairement disponible pour les souches doit être estimé en considérant :
    • l’occupation du sol de part et d’autre du cours d’eau ;
    • le type de cordon (densité, composition, structure) sur la rive opposée;
    • l’exposition du tronçon.

      Plus particulièrement, si la mise en lumière des souches s’avère être limitée, dis poser les « petites trouées » en vis-à-vis sur les deux berges plutôt que sur une berge ou en quinconce.

Cas particuliers

> Cordon fort atteint (moins de 25% d’aulnes sans symptôme) :

  • Augmenter la longueur des trouées mais éviter de dépasser un linéaire de 40 m pour les grandes rivières et de 20 m pour les petites rivières ;
  • Diminuer la distance entre 2 trouées (voir photo ci-contre), mais toujours maintenir entre deux trouées une ripisylve continue d’au moins deux fois la longueur de la trouée.

> Cordon mélangé : pour maintenir la diversité :

  • Installer les limites des « petites trouées » en amont ou en aval des autres essences ;
  • Tenter de réaliser les trouées dans les zones composées majoritairement d’aulnes (min 75%).

> En milieu forestier : si couvert dense : Intervention sur le cordon à l’occasion des coupes dans les peuplements adjacents.

c. Quelques mesures pouvant limiter la propagation de la maladie (Colas et al., 2005) :
  • Eviter l’utilisation bu bois d’aulne pour les aménagements des berges (tuteurs,…).
  • Favoriser les peuplements riverains mélangés, moins sensibles aux maladies que les peuplements monospécifiques.

Remarque : l’utilisation de fongicides « anti-Phytophtora » est déconseillée. Ces produits entraînent la disparition des symptômes mais non l’éradication de l’agent pathogène. Lequel reprend le dessus dès l’arrêt des traitements et, par conséquence, recommence à infecter le milieu.

(3) Recommandations techniques pour la réalisation des abattages d'aulnes

Il est impératif de nettoyer les outils de coupe pour éviter de disséminer la maladie.

a. Période préconisée

Réaliser les coupes en hiver avant la montée de sève pour maintenir intact le potentiel de rejet de la souche.

b. Techniques à mettre en oeuvre

  • Réaliser une coupe nette, franche et légèrement oblique pour favoriser l’évacuation de l’eau
  • Couper le plus bas possible pour permettre aux rejets de développer un enracinement indépendant, c’est-à-dire :
    • pour les franc-pieds (FP) : juste au dessus du niveau du collet (voir photo) ;
    • pour les cépées (CP) : juste au dessus de l’insertion des brins, ou à 20 cm du sol dans le cas d’une insertion des brins à plus de 50 cm du sol.
  • Tous les recépages effectués dans une zone d’accès par le bétail doivent être protégés par une clôture contre l’abroutissement.

c. Précautions particulières pour les cordons d’aulnes dépérissants

Les cépées doivent être recépées dans leur entièreté, il faut donc éviter :

  • de maintenir des « tire -sèves » qui affaiblissent la souche ;
  • de couper un brin malade au sein d’une cépée car cela n’empêche pas le développement de la maladie.

d. Que faire des rémanents ?

Les billes de pied portant des nécroses, tout comme les éventuels rejets infectés seront éloignées du cours d’eau. Idéalement, ils pourraient servir de bois de chauffage, ce qui éliminerait tout risque éventuel de contamination. Les branches peuvent être broyées. Le broyat est exporté ou mis en haut de berge. Le rejet de copeau dans l’eau de rivière est déconseillé, surtout lorsque la température de l’eau est supérieure à 6-8°C car les copeaux pourraient alors servir de vecteur de transport à longue distance du Phytophthora. Les copeaux issus des branches sont à priori indemnes de toute contamination par l’agent pathogène (qui n’est présent que dans les racines et les billes de pied). Ils peuvent donc être utilisés comme mulching par les entreprises de jardin. Les branches peuvent également être disposées en tas (fagots) sur le haut de la berge, de manière à éviter tout contact avec le cours d’eau pendant les mois qui suivent.